Présentation

Pourquoi la nature morte ?

Le goût de la peinture de musée

A la base de notre intérêt pour la nature morte, il y a d'abord le goût pour la belle peinture dans les musées.

Nous avons toujours adoré les musées de province, riches en chefs-d’œuvre et pourtant silencieux et vides. Cette incroyable sélection des objets les plus élevés et les plus raffinés d'une époque, la concentration de ce moment dans des salles aujourd'hui désertées ou parcourues par des gens indifférents, nous fascine. Dans ce déclassement général des plus belles valeurs, le jeu silencieux des natures mortes, valeurs inférieures déjà à l'époque Classique, nous a toujours particulièrement émus. Cette accumulation d'objets muets nous semblait violemment invoquer le raffinement d'ordres précis et explicites et pourtant mystérieux.

Dans la désintégration généralisée de toute valeur, la persistance opiniâtre des natures mortes à invoquer la composition comme obstacle dernier à la disparition humaine, comme seule victoire tangible et acceptable sur le chaos et la mort, nous a semblé la voie artistique majeure à explorer pour donner du sens à nos vies menacées et par la mort et par la fragilité du sens.

Nous n'avons jamais perdu le goût du musée, lieu où s'est produite cette révélation. C'est pourquoi nos photographies visent le musée, et visent la confusion avec les peintures du musée.

Pour des raisons philosophiques autant que pratiques, nous nous sommes particulièrement intéressés au XVIIème et XVIIIème siècles flamands, moment où la modestie de l'approche du sens, imposée par la mise en place des grands échanges mondiaux autant que par la pression religieuse, a invité l'interprétation des peintres à se faire discrète, et la touche à disparaître.

Dès lors la confusion avec la peinture était possible. La vieille exigence que l'art contemporain avait d'une photographie documentaire volait en éclats.

Nous avons énormément appris sur le parcours. Pratiquer la nature morte en spécialistes a modifié notre regard sur les œuvres des musées. Nous avons énormément monté notre exigence en composition. Au bout du compte, nous qui regrettions déjà qu'il y ait peu de natures mortes au musée, avons mieux perçu qu'il y en avait aussi, hélas, peu de bonnes.

Cette rareté des chefs-d’œuvre nous a obligés à une nouvelle exigence, presque angoissée : celle de consacrer les forces restantes de nos vies à porter le genre de la nature morte à un éclat qui n'avait encore jamais été atteint. Nous avons décidé de construire en photographie ces chefs-d’œuvre que les musées auraient dû présenter. Nous avons affiné encore et encore la composition et mis en valeur la liberté brutale des objets étranges, travaillé la lumière jusqu'à ce que notre souffle en devienne court, comme si le sujet même, à un moment, par son apparition radieuse, nous empêchait de respirer.

Enfin voilà quelques-unes de ces natures mortes. Nous espérons que vous sentirez leur silence assourdissant. Qu'enfin l'absolue perfection du genre, terrible et magnifique, emportera votre enthousiasme et, en même temps, vous glacera de l'effroi de l'éternité.

Henri PEYRE & Catherine AUGUSTE

 

 


  Henri Peyre et Catherine Auguste - Corbeille de fleurs au cornard (2014)

  

 

   

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Actualités

Expositions en 2016

Nuit des Musées, le samedi 21 mai 2016, Musée de l’Oeuvre Notre-Dame, Strasbourg

Musée de la Photographie de Graçay, Eté 2016

En préparation : Musée des Beaux-Arts de Perigueux, 2018

 

Cahiers ERTA - Nr 6, La Nature Morte

Cahiers ERTA, revue publiée par les soins de l’Équipe de recherches en théorie appliquée à l’Université de Gdansk (Pologne) a consacré son sixième numéro à la nature morte et nous a fait l'honneur de sa couverture.
Wydział Filologiczny Uniwersytetu Gdańskiego
ISSN 2300-4681